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ACTUALITES 2011-2012 :

Troisième livre (illustré par 300 images) de Sébastien Roffat :
Propagandes animées :
le dessin animé politique entre 1933 et 1945
aux éditions Bazaar&C0.
De l’arrivée au pouvoir de Hitler en 1933 à la défaite du Japon en 1945, des milliers de dessins animés ont été réalisés, projetés en avant-programme de tous les grands films dans tous les cinémas du monde. Près d’une vingtaine de pays se sont lancés dans l’aventure du court métrage d’animation de propagande. D’abord sceptiques, les autorités ont par la suite souvent encouragé la production de cartoons à teneur politique. À Hollywood, tous les grands studios participent à l’effort de guerre, y compris les studios Disney.
Mais ce qui est sans doute moins connu du grand public, c’est l’incroyable diversité et le nombre jamais atteint de dessins animés de propagande réalisés durant la Seconde Guerre mondiale.
Avec Propagandes animées : le dessin animé politique entre 1933 et 1945, Sébastien Roffat interroge la propagande par le dessin animé : des dessins animés pour quoi faire ? Il rappelle en introduction, l’historique de la propagande animée des débuts de la Première Guerre mondiale et, après avoir présenté les caractères de la propagande animée, l’auteur étudie les conditions d’existence de la propagande par le cinéma d’animation, la nécessité de cette propagande bien particulière pour les gouvernements en guerre et enfin les effets psychologiques et socio-politiques de la propagande par le dessin animé politique. Enfin, Sébastien Roffat essaie de déterminer la part d’efficacité de la propagande par le cinéma d’animation. En conclusion, il évoque la propagande animée actuelle.
352 pages, 300 illustrations noir et blanc dont un cahier de 16 pages d’illustrations couleur. 16x24 cm, broché pelliculé mat
Editions Bazaar&Co isbn : 978-2-917339-17-6 28 euros
Xavier Leherpeur, "Bonus livres, Propagandes animées", Studio Magazine-Ciné Live n°23, février 2011, p126.
Universalité du trait caricaturiste et du langage burlesque, optimisation et galvanisation d'un large spectre de public (de 7 à 77 ans et plus encore), le dessin animé fut (et reste... voir le très politiquement tendancieux Roi lion) l'un des meilleurs moyens de propagande jamais inventés. Tous les régimes, démocratiques ou dictatoriaux, y ont eu recours, comme en atteste, preuves (souvent amusantes) à l'appui, ce livre passionnant et formidablement illustré. ****
19 mars 2012 : Conférence de Sébastien Roffat au Mémorial de la déportation et de la résistance de la Loire à Saint-Etienne consacrée aux dessins animés de résistance. Intervention annulée.
18 mars 2012 : 13h. Conférence à l'EHESS consacrée aux sorcières dans les films d'animation de Disney.
15 février 2012 : 14h. Sébastien Roffat soutient sa thèse de doctorat consacrée à l'émergence d'une école française du dessin animé sous l'Occupation (1940-1944). Paris 3 - Sorbonne nouvelle. Jury : M. Jean-Pierre Bertin-Maghit (directeur), M. Laurent Creton, M. Sébastien Denis, M. Hervé Joubert-Laurencin, Mme Catherine Velay-Vallantin.
27 janvier 2012 : 15h20. Communication de Sébastien Roffat lors du colloque "La Guerre froide et le cinéma" organisée par Frontières, salle D 143, à Paris 8. "Les dessins animés de propagande pendant la Guerre froide".
19 janvier 2012 : Sébastien Roffat intervient au Forum des images à Paris dans le cadre d'une intervention consacrée à Tex Avery et ses films animés de propagande.
29 décembre 2011 : Sébastien Roffat est interviewé par Alain Tyr dans le cadre d'un documentaire télévisé consacré à l'économie du cinéma sous l'Occupation.
10 décembre 2011 : Conférence de deux heures "Animation et propagande" au Festival national du film d'animation de Bruz. Intervention annulée.
18 octobre 2011 : Sébastien Roffat participe aux mardis de l'histoire de la Cinémathèque universitaire de Paris 3 et présente une conférence de trois heures consacrée à l'émergence d'une école française du dessin animé sous l'Occupation à partir de l'étude de cas des Gémeaux (André Sarrut et Paul Grimault). Cinémathèque universitaire. Entrée libre. Site Censier, 18h.
15 octobre 2011 : Sébastien Roffat est dédicace à la librairie l'Amandier, à Puteaux de 14h30 à 16h30.
7 octobre 2011 : A partir du 7 octobre, Sébastien Roffat assure 4 heures de cours à l'Université Paris 3 - Sorbonne nouvelle : de 14h à 16h "Histoire et cinéma" en salle 390 et de 16h à 18h "Histoire du cinéma d'animation" en salle 391. Site Censier.
28 juillet 2011 : Sortie de la version japonaise du livre de Sébastien Roffat, Animation et propagande : les dessins animés pendant la Seconde Guerre mondiale. Traduction japonaise de MM. Shinichi Furunaga et Masato Hara et Mme Makiko Nakashima. Presses de l'Université Hosei, Tokyo.
25 mai 2011 : Conférence au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (Lyon). Le CHRD et le Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne) organisent une exposition consacrée à l’image de la Résistance dans la bande dessinée intitulée Traits résistants, la Résistance dans la bande dessinée de 1944 à nos jours, cette exposition se tient du 31 mars au 18 septembre 2011.
28 avril 2011 : Rudolf Brazda, dernier survivant déporté pour homosexualité intervient auprès des classes de 3e de Sébastien Roffat au collège Maréchal Leclerc de Puteaux. A cette occasion, M. Brazda est décoré de la Légion d'honneur par Mme Chombart de Lauwe, présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation en présence de M. Raymond Aubrac. Tous deux étaient déjà venus témoigner au collège les années précédentes. A l'issue de cette cérémonie, des exemplaires de la biographie de Rudolf Brazda, Itinéraire d'un triangle rose étaient offerts aux invités de la cérémonie. Cent exemplaires de Propagandes animées ont également été donnés aux élèves et aux personnes présentes.

28 avril 2011 : Rudolf Brazda, dernier déporté survivant pour homosexualité, vient d'être décoré de la Légion d'honneur par Mme Chombart de Lauwe.
De gauche à droite : Mme Ceccadildi-Raynaud (derrière elle, M. Raymond Aubrac), Jean-Luc Schwab (auteur de la biographie de M. Brazda) et Sébastien Roffat. 

Le 28 avril 2011, cent exemplaires de Propagandes animées sont offerts aux invités de la cérémonie.

19 avril 2011 : Conférence à l'ESAD, Ecole Supérieure d'Art et de Design d'Amiens Métropole. Trois journées de conférences sur le thème "On nous raconte des histoires" pour l'ensemble des étudiants des filières de communication graphique et visuelle d'une part, et d'image animée d'autre part. 14h30-16h30.
23 mars 2011 : Conférence à la cinémathèque de Saint-Etienne : "Dessins animés et publicité en France 1918-1968".
7 février 2011 : Conférence à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) sur Raiponce, le dernier Disney.Salle 6 (2ème étage du 105 bld Raspail), à partir de 13 heures. Entrée libre. Fin : 15 heures.
22 janvier 2011 : Sébastien Roffat est l'invité de l'émission radio Bulles de rêves aux côtés de Jean-Baptiste Garnero, des Archives françaises du film, Marc Faye arrière-petit-fils du réalisateur O'Galop et auteur d'un documentaire le concernant et Béatrice Martin-Starewitch, petite-fille du réalisateur russe, Ladislas Starewitch. Animée par Alexis Hunot et Florentine Grelier.
2 août 2010 : Sébastien Roffat est invité de l'émission "Lumières d'août" sur France Culture animé par Benoît Lagane et Camille Renard. Autres invités : Didier Ottinger et Eric Schilling. Ecoutez l'émission en cliquant ici.
Benoît Lagane, Sébastien Roffat, Camille Renard, Didier Ottinger et Eric Schilling
© Emmanuel Putanier
Par exemple, voir son interview par Alexandre Rosa du site dlrp.fr en mai 2007 lors de la sortie de "Disney et la France : les vingt ans d'Euro Disneyland" au Café Marly au Louvre. (Photo : Alexandre Rosa)
Ou l'entendre interviewé par Christine Berton du site tramweb.fr de La Rotonde, Centre de Culture Scientifique de la Loire, à Saint-Etienne en cliquant ici : http://www.emse.fr/larotonde/tramweb/animation-propagande.html évoquer son livre "Animation et Propagande"
Vous pouvez encore l'entendre interrogé par Alexis Hunot sur le site http://www.zewebanim.com pour l'émission Bulles de Rêves sur Radio Libertaire 89.4 fm ou sur internet en compagnie de Franck Dion et Pierre Caillet pour la présentation du court métrage "Monsieur Cok". (Photos : Franck Dion)


Antonin Sabot interviewe Sébastien Roffat pour lemonde.fr du 22 avril 2010 : "Le malaise grandit chez les employés de Disneyland".

Dans un décor de carton-pâte, Mickey salue la file d'enfants qui attendent de se faire prendre en photo devant sa maison. Soudain, à l'intérieur, le téléphone sonne. Mickey va répondre. Dehors, les haut-parleurs diffusent la prétendue conversation, en réalité une bande-son pré-enregistrée. Quelques instants plus tard, Mickey descend tout sourire les marches en plâtre en lançant de grands signes aux familles qui font la queue. Ce petit manège qui fait rire les enfants, c'est le "shift" du comédien qui se trouve sous le masque, le moment où il passe le relais à un autre acteur. Si Mickey doit répondre présent en permanence pour ses jeunes admirateurs, les comédiens, eux, ont droit à une pause bien méritée. Car derrière leurs sourires de façade, les acteurs, qui accueillent plus de 15 millions de visiteurs par an, voient leurs conditions de travail se détériorer. Le malaise grandit.
Depuis le début de l'année, le parc a connu deux suicides d'employés. Le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a rendu, mercredi 21 avril, son rapport concernant le suicide de Rabii H., le 21 février, en gare d'Esbly (Seine-et-Marne), à son retour du travail. Une autre enquête est en cours, sur le suicide d'un chef cuisinier, le 26 mars. Le premier avait porté plainte pour harcèlement moral et avait été longuement en arrêt maladie pour dépression. Le second, avant de mettre fin à ses jours, avait laissé un message indiquant qu'il ne voulait "pas retourner chez Mickey". Un CHSCT extraordinaire est prévu vendredi 24 avril pour parler des conditions de travail.
UNE VRAIE RUCHE
En ces vacances de Pâques, les allées sont bien remplies, même si ce n'est pas encore la bousculade de l'été. L'animation phare, Space Mountain, affiche déjà plus de 50 minutes d'attente. "Quand les gens attendent trop longtemps, ils passent leurs nerfs sur nous", font remarquer des employés. Le parc est une ruche où chaque espace, en dehors des manèges, est mis à profit en abritant soit une boutique de souvenirs soit un restaurant. A intervalles réguliers, des employés sortent par de petites portes dérobées passent derrière les touristes pour nettoyer les tables qu'ils ont laissées couvertes d'emballages de fast-food. Passant inaperçu dans ce monde féérique, leur costume blanc à rayures rappelle étonnament celui des prisonniers dans les dessins animés.
"Depuis environ cinq ans, nous assistons à une dégradation des conditions de travail", fait remarquer Noël Barbier, membre de la CFTC Disney. La crise financière a vu la mise en place d'un "plan de rigueur qui ne dit pas son nom", explique le syndicaliste. Le nombre de saisonniers a été divisé par deux et le nombre d'employés (15 000 environ) n'a pas progressé, alors que le parc a établi en 2009 son record de fréquentation avec 15,4 millions de visiteurs (contre 12 millions il y a quelques années). Pour Bruno Fournet, directeur santé de Disneyland Paris, il s'agit plutôt d'un "plan de précaution pour préserver l'emploi des salariés permanents", expliquait-il mi-avril dans un reportage de Canal +.
Pour Nzale Bola-Botema, salarié syndiqué à Force ouvrière et délégué du personnel hôtelier, c'est justement sur les salariés qui sont dans l'entreprise depuis longtemps que pèsent le plus ces mesures et qui les vivent le plus mal.
Du côté des saisonniers, le passage chez Disney est vécu comme une "très bonne expérience", avance Sébastien Roffat, spécialiste des dessins animés et lui-même ancien saisonnier. Dans les parades, les Mary Poppins et autres princes charmants sont jeunes et beaux. En les approchant, "la magie de Disney" vendue dans les prospectus opère. "L'ambiance internationale, et l'atmosphère entre jeunes", fait oublier les faibles salaires, les horaires décalés et le travail le dimanche. D'autant que sur place, tout est prévu pour faire la fête. Les jeunes saisonniers, venus de toute l'Europe, se retrouvent souvent le soir dans les bars qu'ils ont eux-mêmes tenu la journée.
SALAIRE TROP BAS, ABSENCE DE PROMOTION, ACCIDENTS DU TRAVAIL
Les plus anciens, eux, ne sont pas à la fête. "On voit beaucoup de gens stressés, qui se sentent mal", confie un employé chargé du balayage du parc. Les "cast members" (grade le plus bas chez Eurodisney), qui forment le gros des troupes (13 400 salariés sur 15 000), sont rétribués sur un salaire de base égal au smic + 1 %. Le chien Pluto envoie de grands signes à la foule lors des parades et fait le pitre pour environ 1 300 euros brut par mois, sans repos ni prime le dimanche, puisque le parc est classé "zone touristique". Le tout sans possibilité d'évolution : "On ne peut pas parler de plan de carrière chez Disney", avance Noël Barbier. L'âge moyen des employés – 36 ans – limite beaucoup les départs à la retraite, ce qui libère peu de postes plus élevés dans la hiérarchie
Une situation difficile à accepter compte tenu des sacrifices qu'imposent les impératifs d'un parc d'attractions sur la vie de famille. Dans les restaurants du complexe de loisirs, on finit souvent à 23 heures et jusqu'à 2 h 45 du matin en été. Un père de famille, en pleine instance de divorce, s'est vu attribuer un "rappel à l'ordre" pour une journée d'absence qu'il avait passée chez son psy. Il a demandé à ne plus travailler le dimanche pour pouvoir s'occuper de ses enfants, dont il a la garde. La direction ne lui a accordé cette faveur que pour un mois, le temps pour lui "de s'organiser".
Les employés font remarquer qu'ils aiment le parc. Les sourires des princesses ne sont pas de faux-semblants. Bien plus qu'au moment de son ouverture, "le parc a su montrer qu'il n'était pas le 'Tchernobyl culturel' que certains dénonçaient", remarque Sébastien Roffat, auteur du livre Disney et la France : les vingt ans d'Euro Disneyland (L'Harmattan, 2007). "Le look Disney existe, mais il est plus accepté, les gens à qui cela ne correspond pas ne viennent pas." Ceux qui s'en accommodent se disent "heureux rien qu'en voyant le regard des gamins". Mais ils en veulent à la direction pour sa gestion.
En avril, le journal de la CFTC publiait une lettre ouverte au PDG de Disneyland Paris l'exhortant à "se réveiller": "Depuis des années, les délégués du personnel, les membres du CHSCT, les représentants syndicaux se battent au quotidien pour dénoncer les pratiques honteuses et dégradantes qu'utilisent les dirigeants et l'ensemble de ceux qui ont un petit pouvoir dans cette entreprise. Les laboratoires fabricant le Prozac et le Lexomil ne sont pas prêts de faire faillite compte tenu du nombre incalculable de vos salariés qui y ont recours. (...) Ce n'est pas Disneyland que nous critiquons mais la politique que vous menez."
"ON SE SENT FLOUÉS"
La direction refuse de voir un lien entre les récents suicides et les conditions de travail dans le parc. D'ailleurs, l'enquête du CHSCT concernant le décès de Rabii H. s'attarde davantage sur les "problèmes relationnels" avec ses collègues que sur l'éventuelle responsabilité de sa hiérarchie. "Mais cette enquête ne parle même pas de la plainte que Rabii avait porté pour harcèlement moral", s'emporte David Charpentier, délégué Force ouvrière. Selon lui, cette plainte mettait en cause l'une des personnes qui a mené l'enquête du CHSCT. "Nous n'avons pas été entendus, pas plus que sa famille, alors que nous avions des éléments à apporter. On se sent floués", s'insurge-t-il. En effet, l'enquête, expédiée en deux pages, semble bien légère s'agissant du décès d'un employé.
A l'issue de la réunion du CHSCT du 21 avril, la direction de Disney estime que les éléments qui lui ont été communiqués "montrent que l'employé n'a pas fait état d'un quelconque harcèlement", que le rapport "ne remet pas en cause les conditions de travail dans l'entreprise et montrent même un accompagnement constant des salariés de sa part". Devant les critiques formulées par FO, elle affirme "renouveler sa volonté de travailler à ce propos avec les syndicats" et déplore "l'instrumentalisation faite par l'un d'eux de la mort d'un des salariés".
La médecine du travail a recensé 1 500 accidents du travail sur un an pour 15 000 salariés. "Soit un taux plus élevé que le secteur du BTP !", note-t-elle dans son rapport. Pendant ce temps, dans le parc, la Belle au bois dormant continue de signer des autographes devant les enfants ébahis.
Antonin Sabot
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Lucie Girardot interviewe Sébastien Roffat pour Politis n°1156, semaine du 9 au 15 juin 2011: "Disneyland, le royaume désenchanté".
Résistances. Social. Les conditions de travail se dégradent pour les salariés d'Euro Disney. Plusieurs documents qui viennent l'être publiés témoignent de baisses d'effectifs, d'inégalités salariales ou de freins à l'évolution.
« Dans un royaume enchanté, pas très loin d'ici, les héros de Disney évoluent dans des contes de fées qui ne s'arrêtent jamais. » Pour les salariés qui endossent leur costume tous les jours, ce n'est pas tout à fait le « bonheur sans limites » que l'entreprise Euro Disney vante aux touristes sur sa page web. En témoignent le bilan social de l'année 2010, paru en avril, et les résultats compilés de deux enquêtes menées pour la direction générale auprès d'une majorité de salariés. Réalisées en 2010 mais publiées seulement fin mai de cette année, elles révèlent plusieurs sources de tensions au sujet des conditions de travail sur le site de Disneyland Paris. Avec près de 14 700 employés, le complexe de loisirs est le premier employeur mono-site d'Ile-de-France. Première destination touristique en Europe, ses parcs à thèmes et ses hôtels ont attiré 15 millions de visiteurs en 2010 et généré 3 milliards d'euros de valeur ajoutée directe, indirecte et induite pour l'économie française. Cependant, selon le secrétaire adjoint du syndicat FO Disney, David Charpentier, « les statistiques sociales sont au rouge ». Malgré l'ouverture de trois nouvelles attractions en 2010 et un taux de fréquentation croissant, le nombre d'effectifs permanents a diminué de 200 salariés par rapport à l'année précédente. «Il y a un manque d'investissement en termes de personnel dans la société, qui passe par une politique de non-remplacement. Cela a augmenté la pression sur les employés », confirme Noël Barbier, de la CFTC Euro Disney. D'où un nombre accru d'accidents du travail et de salariés en « restriction médicale ». Selon le bilan social de 2010, le taux de fréquence d'accidents du travail avec arrêt est passé de 57 % en 2008 à 71 % (1) en 2010, soit un taux supérieur à celui du secteur du BTP. Les horaires de travail, eux, sont difficiles à concilier avec la vie familiale : les salariés travaillent chaque week-end, parfois jusqu'à 2 heures du matin dans certaines boutiques pendant la haute saison.
Chaque mois, les horaires sont modulables pendant une semaine en fonction des besoins. Malgré cela, l'entreprise n'a pas mis en place de dispositif d'accueil pour la petite enfance. Quant aux salaires, on observe un manque criant d'équité, en dépit des négociations salariales de mai 2011, qui ont conduit à une revalorisation. Les plus bas échelons obtiendront ainsi une augmentation de 50 euros bruts mensuels, sachant que les dix dirigeants les mieux rémunérés ont engrangé 1,4 million d'euros en 2010. Les résultats des deux sondages de 2010 ont aussi révélé le sentiment d'un manque de visibilité et de communication sur la stratégie de l'entreprise. « Les salariés ne comprennent pas la politique salariale. Ils ne voient pas où ils vont, car la direction ne communique pas ses plans d'actions à court, moyen et long terme », assure Noël Barbier. Par exemple, la demande de mobilité et de progression en interne n'est pas satisfaite. Un éventail de cinq cents métiers est représenté à Euro Disney. L'organisation est hiérarchique et décentralisée en fonction des différents établissements et pôles : l'employé, l'employé autonome, l'agent de maîtrise et le cadre. Chaque boutique est dotée d'un budget et d'un chiffre d'affaires à atteindre. C'est le manager, avec ses managers subalternes, qui gère ses « cast-members » (les membres de la troupe), un terme issu du vocabulaire théâtral pour désigner les salariés de Disney. « Il reste très difficile d'évoluer entre les départements [hôtellerie, restauration, attractions] et de monter en grade, remarque Noël Barbier. Sur certains postes, Disney préfère amener du sang frais plutôt que de faire évoluer des personnes qui, en interne, sont capables de le faire. » Des points positifs se dégagent toutefois du sondage de 2010, comme la « fierté de travailler pour Disney », une bonne ambiance et des rapports positifs avec l'encadrement de proximité. Mais pour Sébastien Roffat, auteur de Disney et la France (2), il faut introduire une nuance entre permanents et saisonniers. « Pour les saisonniers, c'est une bonne expérience, on passe du bon temps, on s'amuse bien. Quand on est jeune, on peut se permettre de ne pas avoir de week-end, de rentrer tard le soir, explique l'historien, qui a travaillé deux étés de suite à Euro Disney. Pour ceux qui sont là depuis longtemps, qui travaillent à plein-temps depuis plusieurs années, c'est vrai que ce n'est pas très réjouissant. Mais j'en connais qui sont partis et l'ont ensuite regretté parce qu'ils se disent que, finalement, ce n'est pas pire qu'ailleurs. » Le turnover a chuté à 13 % en 2010, alors que, selon le syndicat FO, il atteignait 20 % les années précédentes ; l'ancienneté moyenne est désormais de dix ans. Des chiffres qui peuvent aussi s'expliquer par la crise, qui n'incite pas vraiment à tenter sa chance sur le marché de l'emploi... La direction générale d'Euro Disney, qui n'a pas souhaité répondre à nos demandes d'entretien, a annoncé la mise en place d'un « nouveau contrat d'engagement » dès septembre prochain. « Depuis que je suis arrivé à Disney en 1999, il y a eu quatre gros sondages, souligne David Charpentier, qui craint un effet d'annonce. On nous dit toujours, la main sur le cœur, "on ne savait pas, on vient de se rendre compte, mais ne vous inquiétez pas, cela va changer". Or, chaque fois, ce sont les mêmes revendications qui reviennent. » Pas étonnant pour une société endettée à hauteur de 2 milliards d'euros, qui doit reverser 6 % de son chiffre d'affaires en royalties à la Walt Disney Company. Certains salariés ne croient plus aux contes de fées.
_Lucie Girardot
(1) Le taux de fréquence est le nombre d'accidents avec arrêt de travail supérieur à un jour survenus au cours d'une période de 12 mois par million d'heures de travail.
(2) L'Harmattan, 2007.
| Disney en procès
Euro Disney a été mis en cause dans quatre-vingt-six procédures judiciaires en 2010. Victime présumée de harcèlement sexuel par sa supérieure, un ancien salarié s'est pourvu en cassation pour licenciement abusif, certain d'avoir été au cœur d'une vengeance personnelle. Cette année, deux délégués syndicaux de FO Disney ont été mis en examen pour diffamation à rencontre de la direction. Ils avaient établi un lien direct entre les conditions de travail et le suicide de deux salariés début 2010. Concernant l'accident survenu en avril 2011 dans une attraction du parc, une information judiciaire est toujours en cours à l'encontre d'Euro Disney pour blessures involontaires.
